Pour la journée internationale des droits des femmes, j’invite les femmes du monde entier à... ne rien faire.
Après avoir partagé mes objectifs avec Caroline, ma coach, j’ai attendu sa réponse. Je m’attendais à ce qu’elle dise quelque chose sur les priorités, l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée...etc. Mais les mots qu’elle a prononcés étaient bien plus pertinents. Elle m’a dit « Mais Emma, et si tu ne faisais absolument rien de tout ça ? ».
J’ai ressenti à la fois un sentiment de panique et de soulagement après ce qu’elle venait de me conseiller. J’étais soulagée à l’idée que je n’aurais peut-être pas à faire tout ce travail épuisant et incessant sur le développement de soi, mais je paniquais aussi à l’idée d’aller à l’encontre des conseils que j’avais entendus durant toutes ces années. Ces derniers ressemblaient à ça :
- Les femmes ne sont pas douées pour se constituer un réseau, alors tu ferais mieux de partir d’ici.
- Les femmes ne négocient pas leur salaire, donc elles doivent faire plus efforts.
- Les femmes qui occupent des postes à responsabilité ont le syndrome de l’imposteur, donc tu ferais mieux d’avoir plus confiance en toi.
Et ainsi de suite. Vous comprenez l’idée.
Cela m’a fait réfléchir à la manière dont nous abordons l’égalité des genres dans le monde du travail, à certaines des conséquences involontaires que peuvent provoquer nos actes que nous considérions à la base comme de bonnes intentions.
Jamais assez bien
J’ai réalisé que, dans nos efforts de vouloir donner aux femmes (et d’autres groupes sous-représentés) les outils pour réussir, nous risquons de renforcer le message selon lequel ils sont en quelque sorte inadéquats. En accordant trop d’attention à l’amélioration des compétences des femmes et des groupes sous-représentés, nous risquons de créer un discours du type « si vous vous constituez un meilleur réseau, si vous êtes une négociatrice plus ferme, et que vous avez confiance en vous, alors vous réussirez », plutôt que « si seulement nous pouvions renforcer notre capacité à valoriser la différence, alors nous réussirons ».
Après tout, les femmes ne sont pas, plus ou moins, aptes que les hommes pour ce qui est de se constituer un réseau. Cependant, en général, elles ont moins d’occasions et d'opportunités différentes de le créer. Elles ont donc tendance à construire des réseaux axés sur des relations plus solides et à long terme avec les autres, plutôt que sur des relations qui apportent une valeur immédiate. Après réflexion, cela a l’air mieux en ce sens. Imaginez la force que peut représenter la combinaison de ces différents types de réseaux dans une équipe de direction.
De récentes recherches ont également démontré que les femmes négocient aussi souvent que les hommes, mais elles obtiennent des résultats moins favorables. Une fois encore, la solution ne consiste pas nécessairement à faire en sorte que les femmes deviennent de meilleures négociatrices, mais plutôt à repenser la manière dont nous établissons les salaires et les rémunérations. C’est la raison pour laquelle le PDG de Reddit expérimente actuellement l’interdiction pure et simple des négociations salariales.
Et il se trouve que les hommes et les femmes sont tout autant susceptibles de souffrir du syndrome de l’imposteur, alors on peut se demander si le fait de douter un peu de soi fait simplement partie de la prise de responsabilité de quelque chose d’important, plutôt qu’un défaut uniquement féminin.
Ma conclusion ne signifie pas qu’en tant que femmes, nous ne devrions pas nous donner du mal pour développer des compétences importantes ou apprendre en permanence. En fait, chez Ericsson, nous avons d’excellents programmes axés sur ce point précis. Il s’agit plutôt d’un choix que nous faisons à partir d’une position de force et d’abondance, plutôt qu’à partir d’une faiblesse. Les programmes que nous mettons au point chez Ericsson sont axés sur le fait de pouvoir lever les barrières de la société, et non corriger les lacunes ou faiblesses des personnes.
C’est pourquoi chez Ericsson, nous essayons de comprendre où nous devons apporter des changements par rapport à nos méthodes et à notre culture, afin de mieux apprécier les différentes compétences et perspectives de nos collègues. Cela comprend notre programme de transformation culturelle à l’échelle de l’entreprise et cinq domaines d’action :
- L’empathie et l’humanité pour mieux apprécier les besoins et les expériences de chacun.
- La prise de parole pour s’assurer que nous créons un espace où les gens peuvent partager leurs différents points de vue.
- Prendre avec courage des décisions fondées sur des faits pour s’attaquer aux causes réelles plutôt qu’aux suppositions de l’inégalité de genre.
- La coopération et la collaboration pour constituer des équipes diversifiées très performantes.
- La rapidité d’exécution pour accélérer le rythme du changement.
Prendre conscience et ne pas se décourager
Un autre problème qui se pose est qu’en sensibilisant les femmes aux défis auxquels elles sont confrontées dans le monde de l’entreprise et dans le secteur technologique, nous ne devons pas les laisser se demander « pourquoi je travaillerais ici ? ».
Un travail remarquable a été effectué par de nombreux universitaires et chercheurs à propos du traitement moins favorable réservé aux femmes dans le domaine de l’entreprise. C’est d’une importance capitale, nous devons continuer à contrôler nos organisations et être transparents sur les faiblesses de nos systèmes et de nos cultures, afin de pouvoir les résoudre.
Mais nous devons également mettre en lumière les femmes qui ont apporté et qui continueront d’apporter leurs incroyables contributions à la science, à la technologie et à l’innovation pour ne pas donner l’impression qu’avec d’aussi faibles chances de réussir, cela ne vaut même pas la peine d’essayer.
Pour moi, la journée internationale des droits de la femme a pour objectif de les ramener dans l’histoire afin de montrer les carrières passionnantes et marquantes qu’elles ont pu mener dans le secteur des technologies. Depuis Hilda Ericsson, qui a joué un rôle essentiel dans la création de l’entreprise dans laquelle je travaille aujourd’hui, nous continuons de voir émerger des pionnières des temps modernes comme Dame Stephanie Shirley qui, dans les années 60, a créé sa propre société d’ingénierie en employant un groupe très particulier de talents inexploités, en l'occurrence, des mères, et a ensuite vendu l’entreprise pour un montant de 3 milliards de dollars plusieurs années après. N’oublions pas non plus les nombreuses autres femmes incroyables dont on ne parle pas assez souvent, comme ma mère qui, dans les années 70, en tant que femme, faisait partie de la majorité de la main-d'œuvre à l’autre bout du secteur des télécommunications, qui gérait les commutateurs téléphoniques à l’époque où la connexion était encore une tâche manuelle.
J’espère que vous prendrez un moment pour regarder la vidéo ci-dessus qui met en lumière quelques-unes des femmes extraordinaires qui font partie de notre équipe chez Ericsson. Je veux vraiment que les femmes qui envisagent de faire carrière dans le domaine des technologies sachent que des gens comme nous bâtissent de grandes carrières dans des endroits comme celui-ci.
Pour un avenir plus brillant et plus authentique
Je vais honorer la journée internationale des droits de la femme cette année, en réfléchissant aux conseils que Caroline m’a donnés : que je ne suis pas là pour rattraper le retard de mes points faibles, mais bien pour me construire sur des bases solides. Je sais que les femmes doivent encore relever de nombreux défis sur leur lieu de travail. Cependant j’ai plus de modèles à suivre dans le monde des affaires qu’en avait la génération de ma mère, et la prochaine génération en aura encore plus. Ce progrès ne sera possible qu’en reconnaissant les femmes, en nous réinscrivant dans les livres d’Histoire, ainsi qu’en changeant les processus organisationnels et les cultures, afin de mieux respecter la différence.
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